Bye Bye Twitter – so long, and thanks for all the fish !

Le rachat de Twitter, finalisé par Elon Musk à la fin du mois d’octobre, a scellé ma décision de quitter ce réseau sur lequel j’étais actif depuis plus de 10 ans. Sa fréquentation était déjà de plus en plus difficile depuis deux-trois ans, il était devenu très compliqué de ne plus s’exposer aux discours haineux, complotistes, ou tout simplement stupides, même en paramétrant finement son compte, en masquant certaines personnes ou contenus, et en choisissant ses abonnements… Une toxicité à petite dose, mais qui commençait à produire des effets franchement indésirables chez moi. Les choses ne vont maintenant qu’empirer, et l’idée a fait son chemin : il est donc temps de plier bagage et de regarder ailleurs. Par ailleurs, un peu de cohérence ne nuit pas, et critiquer les plateformes de l’intérieur a ses limites : dans le cas de Twitter, cela revient même à lui donner du carburant. J’ai donc demandé une archive de mes données, et supprimerai mon compte au plus tard mi-novembre[1]Mise à jour 4/11 : voilà, compte désactivé ! J’ai sauté le pas plus tôt que prévu..

And demons are unleashed…

Je vais toutefois regretter de ne plus entendre des voix qui m’accompagnaient, pour certaines, depuis 10 ans. Des personnes sensibles, engagées, cultivées, drôles, en un mot précieuses, que j’avais pris l’habitude de lire régulièrement, sans nécessairement interagir. Je sais qu’il existe des moyens de jeter un œil aux timelines Twitter publiques (via Nitter par exemple), mais pour les comptes privés, cela ne sera hélas plus possible. En espérant pouvoir les lire ou les écouter ailleurs (blogs, autres réseaux…).

Parmi ceux qui m’ont tracé la voie et permis de prendre cette décision, il y a eu Louis Derrac (à lire ici : https://louisderrac.com/2022/10/31/au-revoir-twitter/ – vous trouverez d’ailleurs des liens vers d’autres témoignages en fin de billet) mais surtout Ploum, qui a su parfaitement toucher au cœur avec ce texte : https://ploum.net/la-legerete-dun-monde-sans-twitter/ :

Il est simple de se retirer des réseaux que l’on n’aime pas ou qu’on utilise peu. Le réel changement vient d’accepter de se retirer d’un réseau dont on connait la nocivité, pour soi et pour le monde, sans pourtant pouvoir s’en passer. Parce qu’on est persuadé d’en tirer plus de bien que de mal.

https://ploum.net/la-legerete-dun-monde-sans-twitter/

Va donc pour un peu plus de légèreté ! Nous verrons si l’aventure Mastodon / Fédivers, que j’ai commencée au printemps 2017, jusqu’à aujourd’hui très tranquille et agréable, me permettra aussi d’entendre d’autres voix – ou de retrouver celles que je quitte, ce qui n’est pas impossible au vu de l’exode actuel des utilisateurs de Twitter vers Mastodon. Je dois dire que je vois arriver avec plaisir des profils différents de ceux qui y étaient actifs jusque là, et que j’apprécie énormément, mais qui étaient très homogènes (développeurs, activistes). Aujourd’hui arrivent par dizaines des astronomes, des historien⋅nes, des artistes, des enseignant⋅es, des linguistes, des musicien⋅nes, … Pour éviter des déceptions ou des déconvenues à ces nouveaux et nouvelles venu⋅es : ne pensez pas que Mastodon / le fédivers soit par nature vertueux, accueillant, sécurisant. En revanche, on y trouve moins de fonctionnalités favorisant les comportements toxiques (recherche limitée, nombre d’interactions moins visibles, pas de citation de post…), pas de publicité/profilage, pas d’algorithme décidant à votre place des contenus pertinents… et l’incroyable potentiel de devenir ce qu’on voudra bien, collectivement, en faire, instance par instance, en reprenant la main.

Retrouvez-moi donc sur https://mamot.fr/@ThierryJoffredo, si vous le souhaitez, et prenez le temps de faire un détour par ce pad pour vous guider dans vos premiers pas sur le fédivers : https://mypads2.framapad.org/p/twitter-mastodon-9c2lz19ed (merci à Louis de l’avoir ouvert et de le maintenir).

Notes

Notes
1 Mise à jour 4/11 : voilà, compte désactivé ! J’ai sauté le pas plus tôt que prévu.

2 réflexions sur “Bye Bye Twitter – so long, and thanks for all the fish !”

  1. Salut Thierry,
    Je voulais te remercier pour ce billet « Bye Bye Twitter ».
    Ça fait en partie écho à mes propres interrogations depuis une bonne année, davantage d’ailleurs qu’à l’effervescence du moment autour de Musk qui n’est au fond pas différent de ses compères Gates, Job ou Zuckerberg ou même les fondateurs de Twitter qui ont eu le malheur d’être trop pour qu’on les repère bien.
    Tu renvoies à Ploum, on peut aussi l’écouter dans 2 super podcasts de la Cantine numérique brestoise https://www.lacantine-brest.net/blog/ Au passage, il met en garde sur Mastodon, pas pour l’esprit, mais plutôt dans l’idée de « dépollution » de nos esprits captés (ou capturés). Attention à la #MigrationMastodon comme nouvelle quête. Si on y reproduit 10 ans après le « t’as un compte Twitter » des origines par « t’es sur Mastodon ? », aura-t-on vraiment récupéré le vrai contrôle de nos vies numériques ? Ce que je retiens de Ploum en écho avec ce que je vis, c’est qu’il faut que l’on se rende notre propre pouvoir de recherche d’information : la moins poussée, la plus choisie possible. Au fond, les références sur quelque sujet que ce soit ne sont pas si nombreuses que ça : tu n’as pas des milliers de vrais experts du numérique éducatif en France (et celui qui doit pouvoir renseigner l’enseigner de l’école X a plus de chance d’être à quelques kilomètres qu’à l’autre bout du monde) ; tu n’as pas non plus des tonnes de spécialistes de Gabriel Cramer ou des chanoines séculiers au moyen âge 😉 Notre capacité d’absorption des flux n’est pas non plus illimitée. Aussi on doit pouvoir se limiter à quelques flux : 2-3 lettres de diffusions ou flux RSS par centre d’intérêt (combien ne lit-on jamais ?), un mail à une connaissance … ou à quelqu’un que l’on ne connaît pas d’ailleurs car les gens sont généralement accueillants et répondent quand on s’adresse à eux sur un sujet qui les touche ou savent vous rediriger.
    Pour revenir à Twitter, je me suis toujours questionné sur ma place d’enseignant sur ce réseau, parce que c’est par ce biais que j’y suis arrivé en 2009. D’autres que moi n’ont pas la même approche de leur multi-appartenance sur un réseau social. Combien de fois ai-je entamé une réponse ou une remarque un peu engageante politiquement ou émotionnellement avant de l’effacer ? Pas tant que donner mes opinions et mes engagements citoyens me dérange. Mais j’ai conscience que je m’affiche sur Twitter comme enseignant et formateur numérique et que j’y suis suivi par des enseignants et des formateurs numériques et un microcosme du numérique éducatif en général. À dire vrai, je les connais pour la plupart et je n’ai pas besoin de Twitter pour les concerner, ce qui cerne aussi la vacuité des enjeux sur Twitter. Ça ne m’intéresse pas de partager avec ceux-là des opinions sur des sujets qui ne les concerne pas, voir pire mon auto-censure dans une forme de bien-pensance partagée. Mais pas plus que je n’ose intégrer d’autre communautés sur mes centres d’intérêt, parce que mon appartenance à la #TeamHG, à la team #NumériqueÉducatif ou la team @acrennes ne les concerne pas. Certains ont bien tenté, et j’y ai songé à un moment, de gérer plusieurs comptes, comme si on avait plusieurs identités. Pas simple, pas juste pour des questions techniques et d’algorithmes de sollicitation, mais simplement parce que l’on n’a pas plusieurs identités, mais juste des parts de nous-même. Au final, je veux juste faire de l’enseignement avec des enseignants, de l’histoire médiévale avec des médiévistes, du tennis de table avec des pongistes (ça c’est publique) et cultiver mon jardin secret avec ceux que j’aime (/!\PRIVATE).
    À cette dimension un peu schizophrène des médias sociaux, s’est toujours rajoutée pour moi une question professionnelle, presque une dimension juridique. Je suis sur Twitter à titre personnel pour mon activité professionnelle et, même si on ne me le demande pas officellement (la doxa officielle est confuse par chez nous sur l’usage des médias sociaux en contexte professionnel), on m’y a repéré et j’y relaie des informations professionnelles. Mais que me garantit en retour mon institution sur ce que j’y écris et en quoi « mes tweets n’engagent que moi », comme il était de bon ton d’écrire avant, comme si mes lecteurs, principalement des collègues et les personnes sous l’autorité desquelles je travaille, ne sont pas sensibles positivement ou négativement à ce que je peux écrire sur Twitter.
    En conclusion, pour moi, pour le professionnel stricto sensu (le métier qui me fait gagner de l’argent), c’en est fini de Twitter, faut juste prendre le temps pour faire ça proprement. Mais je pense aussi que je n’irai pas davantage vers Mastodon en tant qu’enseignant-formateur, du moins si le cadre que l’on m’y propose n’est pas clairement posé. C’est du numérique éducatif de confiance, pas juste sur l’outil en tant que tel, mais sur les intentions qu’on lui assigne et les modalités de son fonctionnement. Au fond, peut-être que ce cadre on l’a déjà à travers Viaeduc … ou on l’avait car je ne sais pas bien comment Viaeduc vivote aujourd’hui et pourquoi il vivote d’ailleurs. Peut-être tout simplement, ce cadre n’a-t-il pas lieu d’être pour « nous mettre tous ensemble » et que nos vraies communautés n’ont pas besoin d’un outil de plus pour vivre. En 2022, que ce soit un Magistere, un Pearltrees ou un Triskel ou un Rocket Chat, pour ce que l’on vit ici en Bretagne, ou un Tribu ou un Appsedu et même un Viaeduc, si on veut s’inscrire dans une communauté nationale, ou encore un e-Twinning si on a besoin d’une échelle européenne, n’y a-t-il pas assez d’espaces numériques éducatifs, gratuits ou payants, où il est juste possible d’écrire ensemble, de s’échanger des messages, de stocker des ressources, suffisamment pour faire vivre des communautés réelles, sur des sujets partagés.
    Ce long commentaire allait partir en MP sur l’un de ces espaces que nous partageons professionnellement, Thierry et moi. Mais ma vanité ou l’hypothèse que ce n’est pas qu’un échange professionnel et l’éventualité que ce qui s’y dit s’inscrit dans des questionnements partagés par d’autres personnes que Thierry et moi m’amènent à finalement le poster sur ton blog que je lis toujours avec beaucoup de plaisir. Tu as le droit de modérer, bien sûr.
    Amitiés,
    Sébastien

    1. Merci Sébastien pour ce commentaire plus long (!) que la plupart de mes billets, mais très intéressant à plus d’un titre. Peut-être le début d’une conversation à engager ici ou ailleurs, entre nous, avec nos collègues ou avec d’autres personnes intéressées par les questions que tu soulèves ?

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