Choses vues, lues entendues – fév 2020

Et si les blogs… ? 

Je commencerais par remercier SgurrThuilm d’avoir ouvert son blog pour y partager, notamment dans sa revue de presse, des choses qui lui tiennent à cœur et faire en sorte que ses lecteurs⋅rices les retrouvent facilement, en dehors du flux dense, continu et inéluctablement oublieux des réseaux sociaux. À son exemple, je vais donc m’essayer, moi aussi, à publier quelques billets de ci de là, et notamment à faire un bilan mensuel des lectures, podcasts, musiques, films, images et moments qui ont retenu mon attention dans les semaines précédentes (et pouvoir moi-même m’en souvenir et les retrouver quelques mois ou années plus tard?)

Le mot est faible 

« Jubilation » est sans doute le mot le plus approprié pour exprimer tout ce qui est ressenti : liesse de se retrouver, allégresse de l’ordre bravé, fête de l’inattendu et de l’intensité vécue.

Cette citation issue (et mise en exergue dans l’ouvrage au moyen d’une mise en page audacieuse qui me plaît beaucoup) du court mais intense ouvrage de Ludivine Bantigny, publié dans la collection Le mot est faible chez Anamosa, illustre bien ce que j’ai moi-même ressenti à la lecture de ce texte revigorant. Les autres ouvrages de la collection sont à l’avenant  ! Démocratie (Samuel Hayat), Histoire (Guillaume Mazeau), École (Laurence de Cock) et Peuple (Déborah Cohen) : des textes courts, incisifs, bien présentés dans une une très belle édition (comme toujours chez Anamosa), bon marché (9€).

Révolution, de Ludivine Bantigny, publié chez Anamosa

Oui, la langue est politique !

Deux excellents podcasts qui illustrent la puissance politique des mots et de la langue : le premier sur France Culture, dans un riche entretien avec Cécile Alduy diffusé dans l’émission Politique !, et le second sur Binge, dans l’indispensable Parler comme jamais présentée par Laélia Véron.

La guerre des mots, un combat très politique

Parler comme jamais ép. 6 – votre dictionnaire est-il de droite ?

Le pylône belge et le trader à talons aiguilles

Toujours en podcast, je suis enthousiasmé par la nouvelle émission de Xavier de la Porte, diffusée sur France Inter, et intitulée Le code a changé. L’épisode du 20 février narre l’histoire d’un pylône belge de 240 mètres de haut mis aux enchères par le gouvernement belge, et nous plonge dans le monde du trading à haute fréquence. Une belle illustration de la matérialité des réseaux de télécommunications, qui échappe le plus souvent aux thuriféraires d’un numérique non contingent, éthéré, désincarné.

Le code a changé – 20 février 2020 – Le pylône qui valait 5 millions de dollars

Une autre illustration est fournie par l’excellente série documentaire Invisibles – les travailleurs du clic diffusée sur la plateforme France⋅tv Slash, qui « part à la rencontre de ceux qu’on ne voit plus ou dont on ignore même souvent l’existence. Auto-entrepreneurs, précarisés, mal payés, producteurs et productrices permanents de données – cet or numérique – accaparées par les plateformes, réduits au silence par des contrats absurdes, leurs histoires et leurs quotidiens parlent de notre réalité, de sa face cachée. »

Invisibles – les travailleurs du clic

Alternumériste ?

Je ne connaissais pas le terme alternumériste, et je pense que j’aurais souhaité pouvoir me l’appliquer, mais la lecture de cette recension de l’ouvrage Contre l’alternumérisme de Julia Laïnae et Nicolas Alep, signée Hubert Guillaud sur internetactu.net (je n’ai pas lu le livre) m’a, comme beaucoup d’autres je pense, donné à réfléchir : prosélyte d’un numérique protecteur, inclusif, attentif aux enjeux de la vie privée ou de l’écologie (comme dans la démarche RESET de la FING, dont le cahier d’enjeux a été publié en début de mois, et dans laquelle je m’inscris volontiers) ou idiot utile d’un système libéral capitaliste et productiviste auquel rien ni personne ne viendra s’opposer ? Cette lecture, si elle ne remet pas fondamentalement en cause mes engagements actuels (dans un milieu du numérique éducatif où le pression du secteur marchand est très élevée et nécessite une forte vigilance pour permettre et garantir des usages protecteurs), m’a pas mal secoué ; je vous laisse vous faire votre propre avis. Internet Actu : De l’alternumérisme : d’autres numériques sont-ils possibles ?

Du SelfData dans mon ENT

De manière complémentaire aux actions présentées par la Coopérative pédagogique numérique d’Ille-et-Vilaine dans le cadre du Festival des libertés numériques en ce mois de février, et de manière bien plus systémique, une approche proposée par l’académie de Rennes pour redonner la maîtrise de leurs données à ses agents et usagers est celle du Self Data (à savoir « la production, l’exploitation et le partage de données personnelles par les individus, sous leur contrôle et à leurs propres fins »), visant à fournir à chaque agent et élève de l’académie un cloud personnel, aujourd’hui motorisé par Cozy Cloud dans une expérimentation à large échelle. Cet espace personnel MyToutatice permettra à chacun⋅e de conserver, stocker, agréger et partager ses données personnelles professionnelles ou scolaires tout en adressant dans un cadre éducatif des enjeux essentiels de maîtrise et de protection des données personnelles des utilisateurs. Ce projet, soutenu par l’académie et la Région Bretagne au travers de la convention de partenariat sur Toutatice, ainsi que par la DINUM dans le cadre d’un appel à projets Cas d’usage de l’environnement de travail numérique de l’agent (ETNA), et qui soulève beaucoup d’intérêt, est une première tentative d’appliquer la démarche SelfData au monde de l’éducation. À suivre, j’espère que c’est le début d’une belle aventure !

MyToutatice – Mettre du SelfData dans son ENT – JRES2019

L’Académie de Rennes et CozyCloud : un vrai cas d’école

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